Comment le régime autoritaire chinois réagit-il à la blockchain et aux crypto-monnaies ?

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L’intérêt croissant des banques et des entreprises pour la technologie Blockchain et ses applications pousse les gouvernements à réglementer son utilisation. Les industries traditionnelles sont bouleversées, mais il existe un aspect fondamental de nos sociétés qui pourrait radicalement changer : notre système de gouvernance.

Sans surprise, la Blockchain pourrait véritablement renforcer les systèmes démocratiques. Que ce soit pour assurer la sécurité de l’enregistrement des votes et ainsi empêcher les élections truquées, ou pour complètement réformer nos institutions gouvernementales traditionnelles comme tente de la faire Democracy.earth et ainsi permettre l’expression citoyenne de pair à pair. Finalement, le lien entre Blockchain et démocratie est naturel : décentralisation, transparence, et incorruptibilité sont des valeurs communes à ces deux entités.

Néanmoins, cela ne signifie pas pour autant que la Blockchain ne peut pas être utilisée au profit de régimes autoritaires. La Chine, très active dans la réglementation des technologies Blockchain, en est une illustration probante. Ce régime autoritaire dirige de manière coercitive le système monétaire du pays : un régime de change semi-flottant caractérisé par la régulation de la valeur du Yuan autour d’un taux pivot (+/- 2%). Si la croissance économique fait passer le cours du Yuan au-delà de cette limite, la Banque Centrale du régime dévalue arbitrairement la valeur de la monnaie chinoise pour maintenir la compétitivité du pays. Les crypto-monnaies apparaissent donc de prime abord comme un facteur de libéralisation du système monétaire chinois.

La Chine avait déjà interdit les flux monétaires en crypto-monnaie et les ICO en 2017, alors que le Yuan était responsable de 90% des échanges en Bitcoins. Aujourd’hui, ce chiffre est inférieur à 1%. La raison de cette interdiction n’est pas le manque de confiance des institution dans les crypto-monnaies, mais la liberté d’anonymat qu’elle offre dans un Etat policier.

Pourtant après tant d’interdiction la Chine pourrait bien tirer profit de ces technologies aux idéaux libertaires pour servir son régime autoritaire. De Shandong à Yunann, la côte Est du pays n’utilise quasiment plus d’espèce au profit de transactions numériques, raison pour laquelle la Banque Populaire de Chine projette de créer sa propre crypto-monnaie. Elle exigera de chacun de ses citoyens liés à des activités Blockchain, quelle qu’elle soit, de s’enregistrer auprès du gouvernement en utilisant leur identité réelle. Quant aux entreprises, elles seront contraintes de remettre un journal d’identification de tous leurs utilisateurs.

Au-delà d’un simple contrôle identitaire de masse, cette régulation en provenance de la “Cyberspace Administration of China” offrira au régime une base de données sur sa population qui lui permettra d’implémenter dans la société chinoise son système de crédit social, au sein duquel chaque citoyen se verra attribuer une note qui l’autorisera ou non à accéder à différents services (emplois, hôpitaux, éducation…)

A l’heure où idéaux libertaires et volontés autoritaires se confrontent, l’essayiste britannique du XXes. C.N. Parkinson est peut-être plus contemporain que jamais : “Le problème crucial de notre temps est engendré par la stagnation des théories politiques à une époque de progrès technologiques. ”

Par Alexander Kawar et Brice Bonnet, le 28/02/2018

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First multi-technology student project in France. DLT— AI — IoT — VR — 150 students, 6 campuses and 4 cities. www.kryptosphere.org

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